Feb 1st

DIFFICILE DE RALLUMER LES ETOILES...

By JARDRY JEAN-MICHEL

"Agiter le peuple avant de s'en servir" disait Talleyrand,  cette citation trouve avec le débat sur le "mariage pour tous" sa parfaite illustration.Le  voile parfait pour masquer des manoeuvres d'une autre envergure.
En consultant des archives de 1995, je note dans le Figaro-Economie : Vers une zone de libre-échange transatlantique. A la même date, au cours d'un colloque , un journaliste Joseph Fitchett (H.T du 7/2/95) attribue à Monsieur Alain Juppé l'idée  "d'une nouvelle charte transatlantique"
qui, face aux nouveaux dangers du monde actuel..., aboutirait à ce que Foreign Affairs ( revue quadriennale du CFR, numéro de l'hiver 93/94) appelle une "nouvelle Communauté euro-atlantique", refrain repris en éditorial commun, dans le Washington Post et le N. Y. Times du 14 Février).
Dans le Figaro-Economie du 28 janvier 2013, un titre présentait comme une nouveauté : l'UE et les Etats-Unis discutent d'un accord de libre-échange,énorme supercherie, les échanges sur ce sujet durent depuis 18 ans ! Les vingt pays de l'UE s'y sont engagés pour 2013.
Sur l'autre rive de l'atlantique, le francophone et francophile  John Kerry se présente en allié objectif ,un fervant défenseur...de la relation entre...les deux rives  ( le hasard fait bien les choses).
Encore plus préoccupant, la chancelière Angela Merkel au forum de Davos a ainsi répondu favorablement aux PROPOSITIONS faites par David Cameron. Son homologue britannique veut jouer la carte du libre-échange pour redynamiser la croissance, tant à l'intérieur de l'Europe qu'à l'extérieur
dans les relations avec ...les Etats-Unis (le hasard fait si bien les choses) notamment, car elles durent depuis des années, des négociations visant à libérer les échanges transatlantiques. cette prise de position aurait ravi une assistante acquise aux recettes libérales.
Nous aurons du mal à rallumer les étoiles, l'espoir d'une Europe puissante et indépendante s'efface de plus en plus vite vers une zone de libre échange euro -atlantique , notre continent sera dilué, fondu dans cet ensemble qui va
faire de nos peuples des colonnes de" citoyens fantômes" égarés dans un cauchemar qui n'en finira plus. Plus tard, nous aurons une monnaie commune, une assemblée politique commune, une législation, un mode de vie insignifiant et triste , des loisirs programmés , des contrôles généralisés,
une liberté tolérée mais limitée. Nous sommes entrés collectivement dans une "grande seringue", il sera bien difficile d'en arrêter la pression.
Je rejoins l'anarchiste conservateur, Jean-Claude Michéa : à la sottise de la gauche qui croit possible de combattre le capitalisme au nom du progrés répond l'imbécibilité de la droite qui veut défendre à la fois les "valeurs traditionnelles" et une économie de marché qui ne cesse de les détruire...
Bernanos disait il y a les optimistes qui sont des imbéciles heureux et des pessimistes qui sont des imbéciles malheureux, je dois faire partie de ces derniers. Le silence de DDV face à ces menaces m'inquiète plus qu'il ne me rassure...

Jan 11th

Dominique de Villepin, De l’importance de s’unir face à la Chine

By manu

Dominique de Villepin partage ses conseils pour l’Europe.

«La réussite est aujourd’hui collective. L’Europe ne se fera pas en un jour. Face aux défis des pays émergents, il va falloir se mettre autour de la table et inventer des solutions communes. Il faut s’unir ou périr, mais c’est la première fois dans l’Histoire que plusieurs pays s’assemblent à ce point-là. L’Europe a intérêt à réussir face à la Chine, sinon c’est nous qui devrons regarder le monde d’en-bas…» Grand invité du premier Rendez-vous du commerce international, tenu hier soir à l’IMD à l’initiative de l’Osec, de la Serv (Assurance suisse contre les risques à l’exportation) et du Credit Suisse, Dominique de Villepin a effectué, en un peu plus d’une heure, un tour du monde géopolitique, en se gardant bien de tomber dans le piège de la politique française. Il a fallu attendre l’heure des questions pour qu’il aborde l’affaire Depardieu «qui inonde les médias de l’Hexagone alors qu’il y a d’autres problèmes plus importants à débattre» ou esquive les échecs d’un Arnaud Montebourg face à la crise de l’industrie automobile et sidérurgique française.    

Pour l’ex-Premier ministre de Jacques Chirac, les défis sont multiples: il y a la réussite éclatantes des Cités-Etats comme Singapour et le Qatar, il y a l’exploitation du gaz de schiste par les Américains qui renverse la donne face au Proche-Orient, il y a la Chine qui est forcée de résoudre un casse-tête: comment se métamorphoser sans se briser?

Il y a l’Afrique qui constitue un formidable réservoir de main d’œuvre avec plus d’un milliard d’habitants dans 20 ans, il y a l’Amérique latine qui fait l’apprentissage de la démocratie avec le Brésil comme formidable locomotive. On surprend l’homme de droite qui a vécu au Venezuela à dire du bien du régime Chavez: «Il a au moins tenté quelque chose pour combattre la pauvreté, même si ce n’est pas bien de confisquer des usines désaffectées pour abriter des sans-abris.» L’année 2013 sera décisive pour l’Europe et encore plus 2014 avec les élections européennes, avance l’ancien secrétaire général de l’Elysée: «Je suis favorable à l’élection au suffrage universel du président du Conseil européen. Les pays de l’UE vont devoir s’intéresser à d’autres dirigeants que les leurs; ils se verront confrontés à la nullité de leurs forces politiques, provoque l’ex-premier ministre. La mondialisation est une machine à transformer les choses et l’éducation doit évoluer avec les forces vives de demain qui effectueront 5 ou 6 métiers dans leur vie et dans 3 ou 4 pays différents. La France a peur de la mondialisation. Quand on veut investir dans un pays étranger, il faut essayer de parler sa langue et s’intéresser à sa culture. Sinon on en revient à Tintin au Congo», plaisante un Dominique de Villepin plus volubile que surprenant son auditoire par une démonstration totalement originale.

Nov 7th

Dominique de Villepin: "Barack Obama, le magicien qu'on pensait qu'il était" (AFP, le 7 novembre 2012)

By manu
L'ancien Premier ministre a souligné "la maturité de l'électorat américain et la capacité d'équilibre de la société américaine".

 

L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a souhaité mercredi que Barack Obama, après sa "brillante victoire", "se révèle le magicien qu'on pensait qu'il était", mais il a aussi relativisé l'importance de l'élection à la Maison-Blanche. Sur Canal Plus, le fondateur de République solidaire a vu dans cette réélection un signe de "la maturité de l'électorat américain, de la capacité d'équilibre de la société américaine", mais "tous les problèmes restent là", et ce "mandat s'ouvre dans la difficulté".

"C'est une deuxième chance qui est donnée à Barack Obama", a observé Dominique de Villepin. "Mais tout l'oblige dans ce mandat-là : une Amérique bloquée politiquement, divisée entre riches toujours plus puissants et pauvres, entre une majorité blanche et des minorités - et d'ici quelques décennies, il n'y aura plus que des minorités - un pays marqué par un conflit de générations."

"Il faut que Barack Obama se révèle le magicien qu'on pensait qu'il était et qu'il n'a pas été tout à fait", a poursuivi Dominique de Villepin. "Je participe de cette déception, ce désenchantement, tout en pensant qu'il reste le meilleur artisan possible de la politique américaine", a-t-il confié. Pour l'ancien secrétaire général de l'Élysée, "on a tendance à surestimer l'importance de l'élection américaine". Elle "a un aspect hollywoodien, elle fabrique des images, du suspense". Mais "il y a un très grand décalage entre réalité de l'enjeu et l'intérêt médiatique". Au même moment, a observé l'ex-chef de gouvernement, il y a le congrès du Parti communiste chinois "qui [lui] paraît au moins aussi important et ne suscite pas le même intérêt".

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Oct 12th

Dominique de Villepin, L'autre Amérique, Huffington Post (le 11 octobre 2012)

By manu

L’Amérique change. Pas seulement les Etats-Unis, pas seulement l’Amérique du Nord, mais tout le continent, et en particulier l’Amérique latine. C’est un endroit où je me sens plus chez moi qu’ailleurs, un continent dans lequel je me sens profondément enraciné. C’est une partie du monde qui a le sentiment d’être injustement négligée et c’est vrai : qui a l’air de s’en préoccuper aujourd’hui ? Qui parle des relations panaméricaines dans cette campagne ?

Nous devons regarder une autre campagne pour constater les changements. Cette semaine, Hugo Chavez a été réélu au Venezuela pour un quatrième mandat. Il est un symbole. Le symbole des aspirations de l’Amérique Latine. Mais celui aussi de la nécessité d’une réconciliation panaméricaine. Ostraciser Cuba il y a 50 ans n’a créé qu’un fossé diplomatique.

Le moment est venu de ne pas reproduire cette erreur et de construire un pont entre ces rives. Le président Chavez a évoqué son désir de travailler pour une unité nationale, dont ce pays rempli de violence, de divisions et de conflits a grand besoin.

Ces dernières années, le Président Obama a été plus attentif et de meilleure volonté que son prédécesseur. Mais il n’a pas réussi à créer l’étincelle de confiance nécessaire depuis des décennies. Il ne s’agit pas d’oublier le passé ou de le déterrer, il faut réconcilier tout un continent dans l’idée d’un futur commun, comme l’Europe a eu l’opportunité de le faire après la Guerre Froide.

Le moment est désormais venu, parce que les Amériques du Nord et du Sud s’éloignent lentement l’une de l’autre, et que leurs relations sont aujourd’hui plus distantes qu’elles ne l’ont jamais été.

Il y a plusieurs raisons à cette dérive des continents.

Pour commencer, l’influence américaine disparaît peu à peu, parce que les Etats-Unis tournent le dos à l’Amérique du Sud. Ce n’est pas à moi d’expliquer pourquoi. Peut-être parce que l’immigration latino-américaine a changé le visage des Etats-Unis, changeant de ce fait la relation entre eux et les pays d’origine des migrants. Peut-être parce que l’Accord de libre-échange nord-américain a donné l’impression que l’Amérique du Nord devenait un espace indépendant. Peut-être est-ce en raison des erreurs commises ces dernières décennies, notamment avec les mésententes et les malentendus engendrés par la Guerre froide comme par l’héritage de la politique du « Gros Bâton » dans l’ »arrière cour » américaine.

Ensuite, l’Amérique Latine est en train de vivre une période de démocraties souveraines. Les pays de ce continent essaient de développer leurs propres modèles, de construire un sentiment national bien ancré et de réconcilier des sociétés longuement divisées, entre les populations indigènes et celles issues de la colonisation, entre les riches et les pauvres. Cela reste le problème-clé. Vous ne pouvez pas diriger un pays du Sud comme vous le feriez dans le Nord. C’est ce que le FMI a mis tant de temps à comprendre. Réduire la pauvreté n’est pas seulement un but, c’est une urgence politique quotidienne. Il faut saisir l’occasion maintenant, parce que l’histoire politique de violence et d’autoritarisme cède la place aujourd’hui à une période d’apaisement politique. Au Pérou, le « Sentier lumineux » a été vaincu. Aujourd’hui, il y a un véritable espoir de paix avec les FARC en Colombie, grâce aux grands efforts du nouveau président, Juan Manuel Santos. Lula au Brésil, Correa en Equateur, Morales en Bolivie, Cristina Kirchner en Argentine ainsi qu’Hugo Chavez au Venezuela essaient tous de refaçonner les sociétés sud-américaines. Les défis restent immenses. Les tentations énormes. Mais tout reste possible.

Enfin, les Suds du monde sont en train de fusionner en un seul Sud, ou plutôt un Sud interconnecté. Les relations américano-africaines se sont rapidement développées ces dernières années, aussi bien en termes économiques que culturellement, particulièrement sous l’influence du Président Lula qui a visité le Niger, l’Angola, le Mozambique. Les Latino-Américains ont établi des liens à travers l’Atlantique. Ils ont aussi traversé le Pacifique. Les relations commerciales entre la Chine et l’Amérique du Sud ont augmenté ces dix dernières années de près de 40 % par an, un bond énorme. La Chine est déjà le premier partenaire en exportation de nombreux pays sud-américains. Les plus grands marchés sont maintenant conclus avec des entreprises chinoises, parce que la Chine en pleine expansion a grand besoin de pétrole, de cuivre, de métaux précieux pour son industrie. Voilà ce que signifie le fait que des pays se réunissent en une Alliance Pacifique, leurs yeux tournés vers Pékin et Shanghai.

Comme le dit l’expression française : « Loin des yeux, loin du cœur ». La relation panaméricaine ne peut être seulement fondée sur la raison et une froide distance. Elle a besoin de passion, de vision, d’une présence.

C’est dans l’intérêt des Etats-Unis, qui auront vraiment besoin de ce marché émergeant à leurs portes, et de ses immenses ressources minérales et énergétiques. Mais je crois aussi que c’est dans l’intérêt de la stabilité mondiale que le nouveau départ longtemps attendu de l’esprit panaméricain commence bientôt. Parce qu’il existe un triangle historique entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique Latine qui a besoin d’être maintenu comme un fondement de la stabilité mondiale.

Ce serait un risque majeur si un jour éclatait une division franche entre le Nord riche et le Sud pauvre, s’il n’y avait pas de moyens de communication, de dialogues, de médiation restant ouverts. L’Europe n’est plus l’Europe si elle oublie les immigrants qu’elle a envoyés dans le nouveau monde ces derniers siècles, pour bâtir de nouvelles sociétés, de nouveaux idéaux, de nouveaux espoirs.

Comment nous considérons notre Sud et le Sud du monde, voilà désormais la question fondamentale des grands défis de notre avenir, comme l’engagement des pays de l’Amérique du Sud l’a prouvé sur les questions du changement climatique et de la biodiversité depuis les conférences de Cancun ou de Rio+20.

N’abandonnez pas votre sud.

 

Aug 12th

Dominique de Villepin pour une option militaire éventuelle en Syrie (Reuters, 12/08/2012)

By manu

La France, que Dominique de Villepin juge "un peu trop sur le reculoir" sur le dossier syrien, doit garder l'option militaire ouverte pour "donner des dents" à sa diplomatie, a estimé dimanche l'ancien Premier ministre.

L'opposition de droite et l'ancien président Nicolas Sarkozy ont fortement critiqué ces derniers jours l'attentisme présumé de François Hollande sur le dossier syrien. La France recherche "obstinément" les moyens d'une transition politique en Syrie, a répliqué samedi le président français.

"Aujourd'hui, nous sommes sans doute un peu trop sur le reculoir (...) nous devons être en pointe, c'est-à-dire mobiliser à tous les échelons", a déclaré dimanche Dominique de Villepin sur Europe 1.

"Je suis pour que la diplomatie française se donne des dents nécessaires, ça veut dire garder l'option militaire ouverte, parce que si demain nous sommes sur une crise ouverte dans la région, il faudra bien que d'une façon ou d'une autre nous nous en mêlions", a-t-il ajouté.

Tout en rejetant une intervention militaire dans l'immédiat, celui qui s'est battu en 2003 pour empêcher l'intervention américaine en Irak prône, entre autres mesures, la création de couloirs aériens protégés en Syrie et un déploiement aéronaval au large du pays.

Dominique de Villepin appelle par ailleurs Paris à ne pas "laisser en paix" les diplomaties russe et chinoise, qui ont jusqu'ici opposé leur veto aux propositions de résolutions condamnant le régime de Bachar al Assad.

Paris a envoyé une mission médico-chirurgicale à la frontière jordano-syrienne pour porter secours aux réfugiés syriens et aux blessés, et le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius se rendra du 15 au 17 août en Jordanie, au Liban et en Turquie pour évoquer la situation syrienne.

La France a également convoqué pour le 30 août une réunion ministérielle du Conseil de sécurité de l'Onu, dont elle a pris la présidence tournante le 1er août.

Le conflit syrien a fait 18.000 morts en près de 17 mois, selon les organisations proches de l'opposition.

 

Aug 11th

Tribune Dominique de Villepin, "Syrie: la France peut et doit agir" (Le Figaro, le 11 août 2012)

By manu
Aug 1st

Dominique de Villepin, La désunion est la véritable cause de la crise de l'euro, La Croix (1/08/2012)

By manu

« Ouvrons les yeux, c’est peut-être le dernier été de l’euro et de l’Union européenne telle que nous la connaissons. Si cela arrive, nous Européens ne pourrons nous en prendre qu’à nous-mêmes. Depuis trois ans nous n’avons cessé de glisser sur la même pente fatale sans qu’aucun Conseil européen y ait rien changé. Pourquoi ? Parce qu’on s’est trompé de diagnostic.

Les uns ont eu vite fait de déclarer les dettes publiques responsables de trajectoires nationales insoutenables. Pourtant, ce diagnostic n’explique pas dans ce cas que l’Espagne s’enfonce ainsi. Elle avait une dette limitée avant 2008. Elle s’est tenue à un calendrier de maîtrise des dépenses publiques depuis lors. Rien n’y fait, les marchés ne cessent de la harceler à cause de sa récession.

Du coup, les autres accusent l’euro fort, parce qu’il a lesté d’une enclume des économies qui ne savaient pas nager. Pourtant, quand l’euro baisse, comme aujourd’hui, on voit bien que cela ne suffit pas à restaurer la compétitivité, notamment à cause du coût de l’énergie, libellé en dollars.

Les uns comme les autres n’ont que la moitié de la vérité. Déficits publics et euro fort sont une seule et même chose, le prix de la division au sein d’une union inachevée.

Maastricht créait une zone économique intégrée où les régions les plus faibles voyaient leur industrie et leur production étouffer et devenaient les récepteurs naturels des produits des régions les plus fortes. Aux États-Unis ou dans l’immense Chine, il y a des différences de productivité et de développement industriel au moins aussi grandes qu’entre la Grèce et l’Allemagne. Mais, à coups de transferts intérieurs et de taux d’intérêt communs, Los Angeles est solidaire de New York ou de l’Ohio, comme Shanghaï est solidaire de Pékin ou du Sichuan, quand la Ruhr, Paris et Athènes n’y arrivent pas.

Quand on se trompe de diagnostic, on se trompe aussi de remède. L’enjeu, ce n’est pas crime et châtiment sur les fauteurs de dettes d’Europe. Si nous continuons dans la voie de l’austérité, nous tuerons la croissance européenne pour dix ans sans rien gagner sur le front de l’endettement.

L’enjeu, ce n’est pas davantage servitude et révolte aux temps de l’euro fort. Si les pays du Sud tordent le bras à ceux du Nord en effaçant l’ardoise pour cette fois, ou si nous imaginons – ce qui est aujourd’hui le plus probable – que la Banque centrale européenne se substitue au politique défaillant et qu’elle reste dans les livres d’histoire comme celle qui sauva à au moins deux reprises l’euro, cela suffira-t-il ? Non, car, mécaniquement, cette solution reviendrait à terme à masquer à nouveau la division, mais cette fois par l’inflation. Nous deviendrions une autre Amérique, criblés de dettes, quasiment ingouvernables et pris dans une fuite en avant dangereuse, sans pour autant disposer, pour notre part, des privilèges d’une monnaie de réserve.

L’enjeu, c’est l’union jusqu’au bout ou la dispersion. Car, divisés, nous ne ferons pas le poids dans la mondialisation et y serons un à un vassalisés. Surtout la France. Même l’Allemagne. La seule réponse qui vaille, dès lors, c’est l’union. Et, disons-le clairement, l’union politique qui est évoquée depuis quelques mois n’est qu’un vain mot.

Concrètement, l’union, cela veut dire la mutualisation durable des dettes européennes, pas un effacement caritatif, à hauteur d’un certain pourcentage d’endettement national, 60 % par exemple, au moyen d’euro-obligations.

Cela veut dire un budget communautaire conséquent, capable d’assurer des transferts vers les régions en difficulté. Avec 1 % du PIB européen, lesté en outre de contrepoids et d’élastiques pour que chacun reçoive autant qu’il paye, ce budget est simplement ridicule. Il faudra un impôt européen, par exemple une partie de la TVA devenant communautaire.

Cela veut dire des instances de décision communautaires en matière de politique économique, c’est-à-dire un gouvernement économique incarné par une personnalité forte. Il faudra fixer des orientations d’aménagement du territoire européen et de mise sur pied de grands champions européens.

 « S’unir, ou périr »,  écrivait Benjamin Franklin en 1754, visionnaire, à propos de ce qui allait devenir les États-Unis d’Amérique. Aujourd’hui la même chose est vraie de l’autre côté de l’Atlantique. Européens de tous les pays, réveillez-vous. »

Jul 27th

Dominique de Villepin, "L'Afrique et l'Europe ont besoin l'une de l'autre (Le Monde, 27/07/2012)

By manu


Pour un avenir commun

Qui se soucie aujourd'hui du sort de l'Afrique ? Depuis les attentats du 11 septembre 2001 pour les enjeux de sécurité, depuis la crise de 2008 sur les questions de développement, depuis l'échec de Copenhague sur les questions environnementales, nous sommes plongés dans une indifférence générale à l'égard de l'Afrique.

On dira que c'est tant mieux pour ce continent qui se trouve ainsi moins prisonnier des regards et des clichés. Un " afroptimisme " béat célèbre la mondialisation heureuse et fait croire qu'avec l'avènement d'une bourgeoisie continentale tout sera réglé très rapidement. Un " afropessimisme ", en définitive bien cynique, excuse l'inaction sur un air de " quoi qu'il en soit, l'Afrique est mal partie ", faisant de la misère, de la faim et du sida des maux naturels du continent, ce qu'ils ne sont pas.

Entre persistance du regard colonial, perpétuation d'œillères caritatives, leçons de morale, rage de l'impuissance et fatigue de la mauvaise conscience, un cocktail morbide nous fait passer à côté d'une relation historique aussi indispensable à l'Europe qu'à l'Afrique. Tout montre que nous sommes tentés d'abandonner l'Afrique, comme l'illustre notre incapacité à tenir notre promesse de consacrer 0,7 % de notre PIB à l'aide au développement. Que se passe-t-il pendant ce temps ? Le Brésil est à l'offensive pour nouer des liens avec le Nigeria et l'Afrique du Sud. La Chine double ses prêts à l'Afrique subsaharienne.

Pourtant, notre avenir est eurafricain. Les raisons sont économiques : la croissance de l'Afrique sera, demain, la croissance de l'Europe. De nombreuses PME de France, d'Allemagne ou d'Italie participent, par leurs activités sur ce continent, à l'émergence d'un entrepreneuriat local autonome.

Les raisons sont aussi humaines. Il y a d'ores et déjà plus de cinq millions de personnes originaires de l'Afrique subsaharienne en Europe et des centaines de milliers d'Européens en Afrique. Nos universités forment depuis plusieurs décennies une partie des élites du continent.

Enfin, les raisons sont stratégiques car l'Europe reste, comme l'Afrique, orpheline de la guerre froide. Centres des attentions, les deux continents dérivent vers la périphérie, tandis que le Pacifique devient le centre du nouvel ordre mondial. Ce n'est pas un hasard si c'est en Afrique que l'Europe de la défense fait ses premiers pas et engrange ses premiers succès contre la piraterie en Somalie ou avec la formation de troupes de paix africaines dans le cadre du programme Eurorecamp.

Mais nous resterons bloqués si nous ne libérons pas nos regards et nos paroles, des deux côtés de la Méditerranée et du Sahara.

Il faut aller aux racines du mal africain, à savoir son système de corruption, son économie de prédation des ressources naturelles et sa sclérose démocratique. Les élites africaines doivent prendre la mesure de leurs responsabilités et saisir l'espoir de renouveau. Elles doivent prendre conscience qu'elles risquent un " printemps africain ", à la hauteur de celui du monde arabe, si elles n'acceptent pas d'engager le changement, d'assumer leurs actes et de refonder leur légitimité.

Elles doivent faire aujourd'hui le choix de la durée, en mettant un Etat plus fort et plus transparent au service de la croissance et de l'emploi par une planification économique fondée sur une vraie expertise. Il faut aussi miser sur la jeunesse, qui a envie d'être pleinement impliquée dans l'avenir de son continent, par exemple à travers un service national doublé d'échanges scolaires et universitaires à l'échelle du continent.

Ces élites doivent faire le choix de l'équilibre démocratique en engageant dès maintenant l'ouverture et la stabilisation de régimes qui ont besoin de consensus pour atténuer la brutalité des alternances. Cela passe par un statut de l'opposition lui conférant des droits et des responsabilités. Cela passe aussi par un statut des anciens chefs d'Etat qui fasse sortir les passations de pouvoir de la logique du tout ou rien.

Ces élites doivent faire le choix de la coopération continentale en mutualisant les moyens au niveau des organisations régionales comme la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), la Communauté de développement d'Afrique australe ou l'Union africaine sur tout le continent, car la pression par les pairs est une voie qui peut donner des résultats, comme en attestent les débuts du nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad).

En convoquant dès aujourd'hui de bons instruments économiques, sociaux et politiques, un " printemps africain " pacifique est à portée de main. Pour contribuer à ce renouveau africain, les Européens ont aussi une partie du chemin à faire. Nous devons entrer dans le temps d'un partenariat à égalité et sortir de la logique d'aide à sens unique. Des progrès existent dans ce domaine avec le Partenariat stratégique lancé à Lisbonne en 2007.

Nous devons construire un partenariat fondé sur les hommes, la santé, l'éducation, la formation professionnelle, parce que ce sont les valeurs communes des deux continents et les moteurs de leur croissance future. Nous devons favoriser l'unité réelle de l'Afrique en facilitant les échanges et les déplacements en soutenant de grandes infrastructures transnationales de transports routier et ferroviaire, ainsi que des réseaux interconnectés d'électricité.

N'attendons pas que le discrédit atteigne les élites dirigeantes des pays africains pour dire tout ce que nous avons à dire. Le changement négocié est toujours préférable aux ruptures brusques qui libèrent les vieux démons - la Syrie et la Libye en attestent.

Mettre fin à la " Françafrique " ne peut être accompli en un jour. Cependant, nous pouvons y arriver. Il ne s'agit pas de couper les ponts, mais au contraire de construire une nouvelle relation, transparente et égale, non plus de pays à pays, mais de continent à continent. Soyons au rendez-vous du partenariat eurafricain.

Dominique de Villepin

Ancien Premier ministre

 

Dominique de Villepin a aussi été ministre des Affaires étrangères et ministre de l'Intérieur (2002-2005) ;

Il a fondé le mouvement République solidaire en 2010

 

Jun 28th

Dominique de Villepin: "une souveraineté partagée avec l'Europe" (le 28 juin 2012, E1)

By manu

Invité de Bruce Toussaint sur Europe 1 jeudi matin, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin a déploré le "grand contresens" que chacun fait "en imaginant qu'une grande souveraineté européenne, c'est l'horreur". "Aujourd'hui, l'indépendance n'a pas le même sens qu'à l'époque du Général de Gaulle", a-t-il assuré avant de développer sa propre vision de l'Europe, alors que les 27 se réunissent jeudi à Bruxelles."Je préfère être un pays équilibré financièrement dans le cadre européen, à partir d'une souveraineté partagée avec l'Europe. Je suis pour une union bancaire, pour union financière et surtout une union politique. Il faut un président de l’Europe, un gouvernement de l'Europe, un exécutif européen et il faut aussi une capacité législative. Ça veut dire qu'il faut un budget de l’Europe. Si nous voulons peser nous avons besoin de l’Europe", a assuré Dominique de Villepin.L'ancien Premier ministre a dressé un message au président français. "Il faut qu'il choisisse et qu'il n'ait pas peur. Il faut à la fois plus de contrôles et donc avancer vers plus d'union politique, et en même temps, il faut plus de solidarité", a-t-il affirmé plaidant pour que "Français et Allemands (fassent chacun) la moitié du chemin". C'est ainsi, a-t-il conclu, que "nous avancerons tous ensemble".

Jun 27th

Dominique de Villepin, La réconciliation avec l'Algérie est la clef (Le Monde, le 27/06/2012)

By manu

Le Moyen-Orient change vite. Ne manquons pas cette transformation comme nos pays ont tardé à prendre conscience de l’élan de liberté des révolutions arabes. Il faut continuer à alerter tant sur la nécessité de soutenir ce souffle démocratique qui unit nos deux rives de la Méditerranée que sur celle d’éviter le basculement dans une tempête identitaire.

L’histoire des pays arabes est surchargée de frustrations politiques, d’inégalités sociales, de divisions confessionnelles et religieuses et de malaise culturel lié à une entrée complexe dans la modernité ; une mosaïque régionale soumise depuis plus de cinq siècles aux dominations étrangères, c’est-à-dire une terre qui aspire aux rêves mais aussi une terre rétive aux réveils de la réalité. A la fin du XIXe siècle, le rêve d’une religion revenue à l’essentiel et à la lecture littérale du Coran s’est imposé dans la péninsule Arabique, en prenant la forme d’un islam rigoriste wahhabite qui est le socle des monarchies du Golfe. Il a creusé un fossé difficilement franchissable entre un islam des origines et les réalités des sociétés contemporaines, contraignant au dédoublement.

Né quelques décennies plus tard, sur les champs de bataille de la première guerre mondiale contre les Ottomans, le rêve nationaliste arabe espérait une renaissance d’Etats indépendants appuyés sur des bourgeoisies nationales, unies dans un mouvement panarabe. Ce rêve s’est brisé sur les réalités de la guerre froide et est devenu le paravent des immobilismes et des autoritarismes, en Irak, en Syrie, en Egypte. Le Grand Moyen-Orient des néoconservateurs américains, bousculant les régimes comme des dominos pour y imposer une démocratie sereine et libérale, a constitué un rêve né à l’étranger, un fantasme occidental de l’Orient compliqué. Il s’est heurté à la complexité des méfiances et des rancoeurs, laissant apparaître la fragilité de l’équilibre des communautés et des régions.

Le  » printemps arabe  » est le quatrième rêve en un siècle. Le rêve d’une dignité reconquise, à la fois politique, sociale et culturelle. Ce rêve est à un tournant décisif. Soit il s’ancre dans la réalité, soit il se mue en un cauchemar identitaire aux conséquences incontrôlables. Car deux faits sont là. Des dirigeants autoritaires et corrompus sont tombés les uns après les autres au nom de la démocratie et de la liberté et il se peut que Bachar Al-Assad soit le prochain. Des partis et des mouvements islamistes ont partout conquis l’essentiel des suffrages ou de l’adhésion populaire, tandis que les plus radicaux d’entre eux, les salafistes, gagnent du terrain sur les Frères musulmans plus modérés.

Il y a deux risques que nous devons éviter. Le premier, c’est celui d’une radicalisation identitaire des révolutions arabes. N’oublions pas qu’il y a des précédents, comme en Iran en 1979 ou en Afghanistan en 1989. Le salafisme a le vent en poupe parce qu’il apporte une réponse radicale face à la désespérance sociale. Le deuxième risque, c’est celui de la balkanisation du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord avec l’essor des aspirations séparatistes face à des Etats écroulés. C’est le cas en Irak depuis 2003. C’est le cas en Libye depuis 2011. Cela peut être le cas bientôt en Syrie, si le conflit tourne au face-à-face entre la majorité arabe sunnite et les minorités confessionnelles et ethniques. L’émiettement crée des Etats faibles, vulnérables aux milices, au crime organisé et aux terroristes.

C’est pour ces raisons que je ne cesse de plaider depuis plus d’un an pour une politique arabe renouvelée, une politique qui ne soit pas un parti pris mais une capacité d’agir. C’est aux peuples de faire leur histoire, sans notre ingérence. A nous de savoir être à leurs côtés pour accompagner leurs transformations.

Politique arabe, j’assume volontiers ce qu’il y a de suranné dans cette approche transnationale. Mais il s’agit bien, avec ces pays, de trouver l’expression d’une identité arabe et moderne au sein de la mondialisation. Le général de Gaulle a fondé son approche de la région sur un profond respect pour les peuples et pour leur histoire. C’est ce qu’il nous faut retrouver. Cela signifie des instances de coopération régionales, telles qu’une Union pour la Méditerranée réformée et revivifiée autour de la promotion de la démocratie et des droits humains.

Je veux que nous assumions aussi l’originalité de notre message et de notre relation avec le monde arabe, qui doit nous conduire à exprimer à la fois notre amitié et nos inquiétudes. Assumons enfin, et c’est le plus difficile, notre histoire, même quand elle est douloureuse. J’ai la conviction que la clé d’une nouvelle politique arabe de la France, c’est une nouvelle relation de la France et de l’Algérie fondée sur une réconciliation historique comme nous l’avons fait avec l’Allemagne. L’Algérie semble immobile. Elle se débat avec la mémoire de ses passés, de son indépendance, de sa guerre civile meurtrière. Soyons au rendez-vous de la réconciliation.

Cela passe par des signaux forts, notamment une visite du chef de l’Etat chez nos partenaires de la région, pour montrer que nous sommes aux côtés des peuples. Je garde le souvenir de l’accueil réservé, il y a quelques années, au président Jacques Chirac lors de sa visite à Alger et Oran. Il faut aussi, même si c’est difficile par ces temps de disette budgétaire, pouvoir mettre autour d’une table des investisseurs privés européens et des bailleurs de fonds publics pour lancer de grands projets pour la relance économique essentielle à la stabilité politique de la région. Cela passe par le refus de renoncer à un règlement du conflit israélo-palestinien, sous prétexte que, depuis de longues années, rien ne semble pouvoir faire avancer la paix. C’est de cette façon que la France pourra renouer avec son message de justice, de développement et de paix.

Dominique de Villepin

Ancien Premier ministre

 

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