Lire le dernier livre des 2 journalistes de Mediapart ,F Arfi et
F Lhomme sur l’affaire de Karachi qui a conduit à la mort de 11
français, ingénieurs de la DCN et accrédite la thèse de
rétrocommissions françaises à des fins de financement politique
est un devoir pour tout citoyen qui croît encore à la démocratie
et à la Justice.
Il y a, en fait, deux affaires, deux contrats de vente d’armes
par l’Etat français, l’un avec le Pakistan, l’autre avec les
Saoudiens.
Ces 2 contrats sont entachés d’opacités troubles,
d’intermédiaires sulfureux imposés au dernier moment, de montages
financiers d’une rare complexité via les paradis fiscaux qui
laissent présager une action d’envergure très pro.
Se trouvent en première ligne le monde Balladuro-sarkozien avec
Pasqua, Léotard, Donnedieu de Vabres, Bazire, Guéant, Hortefeux,
Copé dans une certaine mesure, au sein d’une
guerre fratricide et sanglante avec les chiraquiens pour le
pouvoir. Balladur perdra la première manche mais NS gagnera en
2007.
Ces contrats ont été signés tandis que Balladur était
1er Ministre, NS ministre du budget. Agosta le 21
Septembre 1994 et Sawari II en novembre 1994. Ce qui contredit la
« fable » de Guéant hier !
C’est une histoire complexe, sous l’enquête des juges et d’une
commission parlementaire freinées par une obstruction totale du
gouvernement, arguant du « secret défense » pour ne
livrer aucun document d’importance.
Des preuves sont avancées montrant la responsabilité de
l’ouverture de compte off-shore au Luxembourg afin d’heberger les
commissions qui disparaissent ensuite dans une nébuleuse via
l’intermédiaire balladuro-sarkoziste : Ziad Takieddine et
d’autres îles « off shore » et la police
luxembourgeoise affirme qu’une partie des fonds passés au
Luxembourg est revenu en France pour financer des campagnes
politiques françaises ! Cette enquête est basée sur
l’impressionnante masse de documents saisis à la société
Heine(ouverte avec l’aval de NS) et chez ses anciens dirigeants.
De plus, une partie des documents n’ont pas été saisis « sur
demande des enquêteurs français sur place ». Du jamais
vu !
Quid du bordereau de dépôt d’une conséquente somme en espèce,
versée au compte de campagne de Balladur en grosses coupures et
dont le trésorier même de Balladur ne se souvient pas… ?
Quid des nombreux témoignages de personnalités autour de ce
contrat s’étonnant de l’opacité inhabituelle, des procédures
inhabituelles, des sommes inhabituelles de commissions demandées
par les intermédiaires imposés par Balladur-NS ? Quid de
Boivin, ancien dirigeant de Heine qui a fait chanter le
gouvernement 6 mois après l’élection de NS français en réclamant
8 millions d’Euros afin de se taire ?
Enfin citons MEDIAPART :
« Axel Poniatowski, président de la commission
des affaires étrangères de l'Assemblée nationale
A DIT Interrogé sur LCI
mercredi 2 juin, le député UMP a
déclaré: «Je suis absolument
scandalisé par ces amalgames mis bout à bout pour salir le
président de la
République. Il
y a eu Clearstream, est-ce qu'on va assister à un Clearstream 2
avec l'affaire de Karachi? Qui est derrière tout ça et qui veut
salir le président de la
République?» Il a
ajouté: «Dans cette affaire il
y a un détournement d'attention, parce que le sujet ce n'est pas
les
rétrocommissions [...] le
sujet c'est pourquoi est-ce que vous avez des ingénieurs de la
DCN qui ont été assassinés. Et je ne crois pas une seconde que ce
soit pour des histoires de rétrocommissions mais beaucoup plus
pour des histoires de
commissions.»
La tentative de “clearstreamisation” de l'affaire de
Karachi venant d'un député UMP est singulièrement intrigante.
Elle rejoint, quasiment mot pour mot, la stratégie de défense de
l'homme d'affaires d'origine libanaise Ziad Takieddine, l'un des
intermédiaires«imposés» dans le contrat Agosta sur
lequel pèsent les soupçons de rétrocommissions. L'intermédiaire
est défendu depuis peu par
MeOlivier Pardo, l'avocat
d'Imad Lahoud qui a brutalement “chargé” – en vain – Dominique de
Villepin lors du procès Clearstream. M. Takieddine, qui a tenté
de faire interdire en justice la publication du
livre-enquête Le Contrat – Karachi, l'affaire que
Sarkozy voudrait oublier, se défend pourtant aujourd'hui
d'être un proche des sarkozystes, malgré ses propres déclarations
passées et, pour ne prendre qu'un seul exemple, son intervention
en août 2007, avec l'aval de l'Elysée, dans la libération des
infirmières bulgares, événement majeur du début de la présidence
de Nicolas Sarkozy.
On ajoutera que l'analogie avec Clearstream (destinée à
faire croire que l'affaire de Karachi serait un complot
villepiniste) est tout bonnement absurde: Clearstream repose à la
base sur un montage grossier, avec la fabrication de faux
listings destinés à mettre en cause diverses personnalités.
L'affaire dite de Karachi repose, elle, sur des milliers de
documents et de témoignages dont l'authenticité ne saurait être
sérieusement mise en doute.
Mais le plus savoureux dans la “sortie” d'Axel Poniatowski
est son interprétation du possible mobile de l'attentat de
Karachi, qui a tué le 8 mai 2002 onze employés de la DCN qui
travaillaient à l'exécution du contrat
Agosta. «Je ne crois pas une
seconde que ce soit pour des histoires de rétrocommissions mais
beaucoup plus pour des histoires de
commissions», assure-t-il.
En clair, si les Français sont morts, il faut s'en prendre à
Jacques Chirac. Selon une des hypothèses d'enquête de la justice
française, l'attentat de Karachi pourrait être la conséquence de
l'arrêt, en 1996, par le pouvoir chiraquien, du versement de
commissions dues à des intermédiaires suspectés d'être intervenus
sur plusieurs marchés d'armement à la seule fin de financer de
manière occulte les balladuriens.
Or, si les chiraquiens ont stoppé ces versements, en marge
du contrat Agosta mais aussi de Sawari II, c'est précisément
parce que l'ancien président de la République et sa garde
rapprochée avaient acquis la conviction qu'un système de
rétrocommissions avait été mis en place par le gouvernement
Balladur dans le but de financer illégalement la campagne
présidentielle de celui-ci. La déclaration de M. Poniatowski
confirme donc que faire un lien entre les commissions versées sur
ces deux contrats d'armement et l'attentat est pertinent, en
contradiction totale avec M. Sarkozy qui a qualifié cette
hypothèse de «fable»... »