Dominique de Villepin, La réconciliation avec l'Algérie est la clef (Le Monde, le 27/06/2012)
Le Moyen-Orient change vite. Ne manquons pas cette transformation comme nos pays ont tardé à prendre conscience de l’élan de liberté des révolutions arabes. Il faut continuer à alerter tant sur la nécessité de soutenir ce souffle démocratique qui unit nos deux rives de la Méditerranée que sur celle d’éviter le basculement dans une tempête identitaire.
L’histoire des pays arabes est surchargée de frustrations politiques, d’inégalités sociales, de divisions confessionnelles et religieuses et de malaise culturel lié à une entrée complexe dans la modernité ; une mosaïque régionale soumise depuis plus de cinq siècles aux dominations étrangères, c’est-à-dire une terre qui aspire aux rêves mais aussi une terre rétive aux réveils de la réalité. A la fin du XIXe siècle, le rêve d’une religion revenue à l’essentiel et à la lecture littérale du Coran s’est imposé dans la péninsule Arabique, en prenant la forme d’un islam rigoriste wahhabite qui est le socle des monarchies du Golfe. Il a creusé un fossé difficilement franchissable entre un islam des origines et les réalités des sociétés contemporaines, contraignant au dédoublement.
Né quelques décennies plus tard, sur les champs de bataille de la première guerre mondiale contre les Ottomans, le rêve nationaliste arabe espérait une renaissance d’Etats indépendants appuyés sur des bourgeoisies nationales, unies dans un mouvement panarabe. Ce rêve s’est brisé sur les réalités de la guerre froide et est devenu le paravent des immobilismes et des autoritarismes, en Irak, en Syrie, en Egypte. Le Grand Moyen-Orient des néoconservateurs américains, bousculant les régimes comme des dominos pour y imposer une démocratie sereine et libérale, a constitué un rêve né à l’étranger, un fantasme occidental de l’Orient compliqué. Il s’est heurté à la complexité des méfiances et des rancoeurs, laissant apparaître la fragilité de l’équilibre des communautés et des régions.
Le » printemps arabe » est le quatrième rêve en un siècle. Le rêve d’une dignité reconquise, à la fois politique, sociale et culturelle. Ce rêve est à un tournant décisif. Soit il s’ancre dans la réalité, soit il se mue en un cauchemar identitaire aux conséquences incontrôlables. Car deux faits sont là. Des dirigeants autoritaires et corrompus sont tombés les uns après les autres au nom de la démocratie et de la liberté et il se peut que Bachar Al-Assad soit le prochain. Des partis et des mouvements islamistes ont partout conquis l’essentiel des suffrages ou de l’adhésion populaire, tandis que les plus radicaux d’entre eux, les salafistes, gagnent du terrain sur les Frères musulmans plus modérés.
Il y a deux risques que nous devons éviter. Le premier, c’est celui d’une radicalisation identitaire des révolutions arabes. N’oublions pas qu’il y a des précédents, comme en Iran en 1979 ou en Afghanistan en 1989. Le salafisme a le vent en poupe parce qu’il apporte une réponse radicale face à la désespérance sociale. Le deuxième risque, c’est celui de la balkanisation du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord avec l’essor des aspirations séparatistes face à des Etats écroulés. C’est le cas en Irak depuis 2003. C’est le cas en Libye depuis 2011. Cela peut être le cas bientôt en Syrie, si le conflit tourne au face-à-face entre la majorité arabe sunnite et les minorités confessionnelles et ethniques. L’émiettement crée des Etats faibles, vulnérables aux milices, au crime organisé et aux terroristes.
C’est pour ces raisons que je ne cesse de plaider depuis plus d’un an pour une politique arabe renouvelée, une politique qui ne soit pas un parti pris mais une capacité d’agir. C’est aux peuples de faire leur histoire, sans notre ingérence. A nous de savoir être à leurs côtés pour accompagner leurs transformations.
Politique arabe, j’assume volontiers ce qu’il y a de suranné dans cette approche transnationale. Mais il s’agit bien, avec ces pays, de trouver l’expression d’une identité arabe et moderne au sein de la mondialisation. Le général de Gaulle a fondé son approche de la région sur un profond respect pour les peuples et pour leur histoire. C’est ce qu’il nous faut retrouver. Cela signifie des instances de coopération régionales, telles qu’une Union pour la Méditerranée réformée et revivifiée autour de la promotion de la démocratie et des droits humains.
Je veux que nous assumions aussi l’originalité de notre message et de notre relation avec le monde arabe, qui doit nous conduire à exprimer à la fois notre amitié et nos inquiétudes. Assumons enfin, et c’est le plus difficile, notre histoire, même quand elle est douloureuse. J’ai la conviction que la clé d’une nouvelle politique arabe de la France, c’est une nouvelle relation de la France et de l’Algérie fondée sur une réconciliation historique comme nous l’avons fait avec l’Allemagne. L’Algérie semble immobile. Elle se débat avec la mémoire de ses passés, de son indépendance, de sa guerre civile meurtrière. Soyons au rendez-vous de la réconciliation.
Cela passe par des signaux forts, notamment une visite du chef de l’Etat chez nos partenaires de la région, pour montrer que nous sommes aux côtés des peuples. Je garde le souvenir de l’accueil réservé, il y a quelques années, au président Jacques Chirac lors de sa visite à Alger et Oran. Il faut aussi, même si c’est difficile par ces temps de disette budgétaire, pouvoir mettre autour d’une table des investisseurs privés européens et des bailleurs de fonds publics pour lancer de grands projets pour la relance économique essentielle à la stabilité politique de la région. Cela passe par le refus de renoncer à un règlement du conflit israélo-palestinien, sous prétexte que, depuis de longues années, rien ne semble pouvoir faire avancer la paix. C’est de cette façon que la France pourra renouer avec son message de justice, de développement et de paix.
Dominique de Villepin
Ancien Premier ministre
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38 Commentaires
C'est pourquoi il est plus qu'urgent que les politiques aient une vision à long terme, au delà de la prochaine échéance électorale ou de la possible ré-adhésion (pour la énième fois) à un mouvement politique...
Nous avons applaudi aux "printemps arabes", mais trés peu d'analystes ont prévu ce qui allait arriver. C'est presque trop tard, à moins que l'on apporte tout soutien à la ligue arabe, bien affaiblie aujourd'hui.
Quant à l'Union pour la Méditerranée, elle n'est pas prête à ce jour.
Deux autres visions me viennent alors immédiatement à l´esprit, la seconde, est la vision de la carte économique et le souhait que certains voyaient en cette union, un marché, un terrain fertile. Je les entends encore me dire : Les allemands ont les pays de l´est, les asiatiques misent sur le pacifique, les américains ont l´Amérique du sud.. et nous qu´avons-nous, il nous faut une Union autour de la méditerranée. Il me revient alors aussi à l´esprit, la démographie, et l´importance qui est la nôtre d´être nombreux pour peser sur la balance économique mondiale. Plus triste, un peu en relief la dessus, les pays dit « PIGS » Portugal, Italie, Grèce, Espagne ( Spain ) . … et bien entendu les soucis Européens… et je vois immédiatement un repli.
Je ne suis pas là mais il me semble entendre les pas lourds dans les couloirs, et la voix qui dit : Et si on ne s´en sort pas on fait quoi ? Et la comme une porte de sortie, « Sortons la tête haute et créons une Union pour la Méditerranée, ouvrons de nouveaux marchés ». Bien entendu nous nageons en pleine fiction… Mais lorsque les yeux se détournent, et que le regard porte ailleurs… vers le sud alors on sent quelque part sur le marbre froid des salons Européens tomber des éponges.
Je n´irai pas par correction vers le fond le plus sombre de ma pensée, tant il est loin du sujet de la tribune, et aux antipodes de la juste sortie qui la compose et dont l´extrait suivant reçoit toute mon approbation : « le refus de renoncer à un règlement du conflit israélo-palestinien ».
Je vais une fois n´est pas coutume et je m´en excuse par avance, établir un lien qui constitue hélas le troisième message que je perçois, « Puisque nous ne pouvons être les leaders de l´Europe, Soyons les leaders de la méditerranée »
Puisque nous n´avons pas le niveau de la première division, soyons les leaders de la seconde.
Ce message résonnait déjà lorsque ce projet était porté par l´UMP, il n´est redondant que par la reprise de la thématique.
Si j´osais, j´irais même plus loin, puisque nous ne pouvons diriger la France soyons les leaders de l´opposition.
Je n´ai nullement envie de jeter les armes sans avoir mené le combat, même si je ne suis qu´un soldat désarmé sur un champ de bataille aride et miné , même si l´idée est formidable, il me serait agréable d´entendre que « L´ Union autour de la méditerranée » est un deuxième chantier, derrière celui de l´Europe qui est notre priorité.
Simplement il importe de choisir un compétiteur de taille afin d´avoir des objectifs dynamisants, ce que l´Europe est au jour d´aujourd´hui, afin d´être aussi un partenaire de premier choix dans le cadre d´une politique méditerranéenne commune.
Mais je me fourvoie, car évidement l´intention est plus que louable, mais l´inquiétude est si grande sur d´autres terrains que le Mot : UNION, revêt bien des sens, aussi bien au sein du mot UMP, que des structures : Union Européenne, Union Méditerranéenne… Union nationale… n´avons-nous jamais tant parlé d´Union ?
Dans un pays déchiré par la politique pratiquée au stade quantique, ou chacun y va de sa petite opinion, ou il est possible d´être en deux endroits à la fois, et ou le temps semble distendu, au point que passé et présent se confondent, sans vraiment nous éclairer sur notre avenir.
Carole, pourquoi voulez-vous que l'UPM soit viable ? Il faudrait déjà que les états d'AN s'entendent ; on a voulu reprendre la vieille idée de Khadafi : le grand Maghreb arabe, qui elle, était une bonne initiative. Enfin, n'oublions pas que l'Union du Maghreb Arabe existe depuis 1989, et que cette institution n'a pas été nommée, ce qui est une erreur.
Devant l'inextricable situation au Nord-Mali et les dernières offensives d'Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique) et du Mujao (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest), le dernier verrou qui bloquait une intervention militaire vient de sauter, l'hostilité de l'Algérie quant à la solution armée. Tous les pays ouest-africains étaient déjà prêt et attendaient le feu vert de l'Algérie, qui partage une frontière de mille kilomètres avec le Mali. L'assaut semble désormais imminent.
Depuis quelques semaines, un intense ballet diplomatique a lieu à Alger. Après les Français, les Américains et les Britanniques, ce sont les Ivoiriens, puis les pays de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédeao) qui ont fait escale dans la capitale algérienne, et bien sûr l'émissaire burkinabè, son président, Blaise Compaoré, ayant été désigné médiateur dans la crise malienne par la Cédeao:
«Le rôle de l'Algérie dans le règlement de la crise qui secoue depuis plusieurs mois le Mali est extrêmement important», a insisté Djibril Bassolé, pendant que les observateurs notaient que, depuis le départ de Nicolas Sarkozy, les Etats de la Cédéao ne se concertent plus avec la France sur la crise malienne, mais avec l'Algérie.
Sauf que celle-ci était restée intransigeante sur sa politique extérieure non-interventionniste, et a toujours refusé le déploiement d'une force militaire au Mali.
Ansar Dine et MNLA contre le Mujao
En réalité, Alger attendait plutôt de voir qui allait prendre le dessus entre les groupes touareg du MNLA (mouvement national de libération de l'Azawad), et les groupes islamistes (Ansar Dine, Aqmi, et le Mujao).
D'ailleurs, il y a quelques jours, Alger recevait même des émissaires de Ansar Dine venus officiellement négocier la libération des 7 otages algériens kidnappés au consulat algérien de Gao, en avril 2012, des mains du Mujao, qui demande 15 millions d'euros de rançon et la libération de 30 des leurs, détenus dans les prisons algériennes.
Pour Alger, qui est déjà en contact permanent avec le MNLA, il s'agit de neutraliser le Mujao, le groupe le plus offensif et le plus hostile à l'Algérie, quitte à s'allier temporairement avec Ansar Dine.
Rien n'a filtré sur les négociations. Mais quelques jours après, le 30 juin 2012, une source gouvernementale algérienne déclarait sous couvert d'anonymat que «en définitive, l'usage de la force ne peut être exclu. Mais il restera l'ultime recours dans le cadre d'une action concertée des pays du champ.»
L'Algérie n'est plus hostile à une intervention militaire et dans la foulée, le lendemain, c'est la dernière visite, celle du ministre malien des Affaires étrangères, lui-même, Sadio Lamine Sow:
«Les positions algériennes et maliennes convergent», résume-t-il, soulagé, à l'issue de sa rencontre.
Sûr que les terroristes islamistes gagnent du terrain en Afrique et sèment partout la terreur (avec leur charia) et détruisent des monuments du patrimoine malien. Alger est le point central de toutes les négociations africaines, de plus l'Algérie est limitrophe du Mali. Fabuis ne fait que réactiver la CEDAO pour qu'elle prenne des mesures même militaires face à cette avancée terroriste, bref qu'elle prenne ses responsabilités.
Ces gens là n'ont rien à perdre , la mort pour eux n'est rien ... aussi la diplomatie , la diplomatie et encore la diplomatie voilà ce qu'il faut privilégier , le " chaos " pouvant se propager bien plus qu'au Mali .
Vous pouvez la revoir sur le site de France 5.
Si les deux hommes ont fait état de convergences de vues sur de nombreux dossiers bilatéraux, il n’en est pas de même en ce qui concerne le règlement de la crise malienne. «Il y a, d’une part, des Maliens qui revendiquent une participation à la vie du pays et qui ont probablement des revendications légitimes, notamment les rebelles touareg, ainsi que les Arabes et les autres populations», soulignait le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, lors du sommet de l’UA (Union africaine). Cette approche consistant à découpler la question touareg de l’Aqmi et des autres groupes terroristes islamistes s’oppose à la solution basée sur une intervention armée telle que préconisée par la CEDEAO, soutenue par la France. Laurent Fabius n'a d’ailleurs pas écarté l’usage de la force. Et, outre les divergences sur la question du Sahara occidental (la France appuie le Maroc sur ce dossier), Alger suspecte Paris de vouloir impliquer le Maroc dans la recherche d’une solution à la crise prévalant dans le Sahel.Effectivement, depuis tr
Ne pas en parler , ne veut pas dire ne pas y penser , être grandement inquiet de son devenir .
De vrais chiraquiens comme le premier d'entre eux , le géniteur : Jacques Chirac , ce vieux lion qu'on donnait pour au moins bien abattu , est sorti de sa " réserve " pour en parler tout récemment ... et dans sa globalité , désolée de vous porter la contradiction , mais le créateur du mouvement RS sans lequel - et pour cause - nous n'écririons pas ici , Dominique de Villepin en a parlé aussi , s'en est grandement inquiété : relisez - le et sans à priori ni parti pris de toujours le dénigrer subtilement et vous en conviendrez ... enfin !
Là , nous sommes en période de vacances , attendez la rentrée et que DDV s'exprime et fasse part de ses intentions politiques et sur le devenir de son mouvement et nous sablerons le champagne sans rancune sur la poursuite de RS et l'activité de ce blog , une ruche où s'activerons d'innombrables , laborieuses et courageuses et militantes ô combien abeilles et , espérons le , plus trop de gros bourdons désoeuvrés ou de vilains taons pour toujours piquer au lieu de bosser , attendez et vous ne serez pas déçu , vous verrez !
De plus tant de ceux se disant " collaborateurs " , " assistants " qui ont travaillé avec lui , DDV , hier ... l'ont quitté depuis ou s'en sont éloignés, ah , la , la ... ainsi va la vie !!!
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