États-Unis: la crise de la dette, quels enjeux géopolitiques?
La dette américaine au-dessus de 100% du PIB
Le Trésor des États-Unis a indiqué aujourd'hui avoir fait passer la dette publique au-delà du seuil de 100% du produit intérieur brut, dès le relèvement mardi par le Congrès du plafond de la dette.
Selon le point quotidien sur les finances publiques publié par le ministère, la dette de l'État fédéral à la date de mardi a grimpé de plus de 238 milliards de dollars en une journée, pour atteindre 14.580,7 milliards de dollars et dépasser le PIB de 2010 (14.526,5 milliards).
Les chiffres publiés mercredi confirment ce que disait l'exécutif depuis plusieurs mois: au soir du 2 août, le Trésor aurait été pratiquement à sec de liquidités s'il avait dû continuer avec le même plafond de la dette.
Les États-Unis rejoignent le Japon, la Grèce ou encore l'Italie
Selon la dernière estimation du gouvernement, le PIB de 2011 est toutefois parti pour être supérieur à ce total: l'activité de la première économie mondiale au second trimestre a correspondu à un PIB en rythme annuel de 15.003,8 milliards de dollars. Le Trésor avait atteint à la mi-mai le plafond légal de la dette publique, fixé jusqu'à mardi à 14.294 milliards de dollars.
Les États-Unis rejoignent le groupe des quelques pays dont la dette publique est supérieure au PIB, qui compte selon les données du Fonds monétaire international le Japon (229%), la Grèce (152%), la Jamaïque (137%), le Liban (134%), l'Italie (120%), l'Irlande (114%) ou encore l'Islande (103%). La dernière fois que la dette publique brute des États-Unis a été supérieure à son PIB, c'était en 1947, dans l'immédiat après-guerre. Ce ratio avait décru jusqu'à 32,5% en 1981. Il n'était encore que de 64,4% en 2007, avant de s'emballer sous l'effet de la récession.
Nouveau plafond provisoire : 14.694 milliards de dollars
La dette de l'Etat fédéral a ainsi dépassé 10.000 milliards de dollars en septembre 2008, 12.000 milliards en novembre 2009, et 14.000 milliards en décembre 2010.
La loi votée mardi par le Congrès et promulguée dans la foulée par le président Barack Obama fixe le nouveau plafond de la dette à 14.694 milliards de dollars. La dette soumise à ce plafond était mardi au Trésor près de 162 milliards de dollars en dessous.
Cette limite est provisoire. La loi prévoit de la relever de 1.500 milliards de dollars supplémentaires, soit après la soumission par le président d'ici au 31 décembre de nouvelles mesures de réduction du déficit, soit automatiquement si aucun accord n'est trouvé pour réduire le déficit. Un tel relèvement permettra au Trésor d'emprunter normalement au-delà des élections présidentielle et législatives de novembre 2012.
Les trois grandes agences de notation attribuent à la dette publique des États-Unis la meilleure note possible, "AAA". Mais elles ont des avis différents sur son évolution: Standard et Poor's a attribué une perspective "négative" dès avril et Moody's a fait de même mardi, tandis que Fitch maintient une perspective "stable".
AFP, le 4 juillet
Les États-Unis sont aujourd'hui un colosse aux pieds d'argile.
Premièrement, la situation économique et sociale demeure très fragile. La perte de 7,5 millions d'emplois, le recul de 15 % de la production manufacturière et de 35 % de l'emploi industriel entre 1999 et 2011 se traduisent par un chômage élevé de 8 à 9 % et un taux global de sous-emploi évalué à 16,7 % de la population active. 14 millions de ménages ont un niveau d'endettement supérieur ou égal à la valeur de leur patrimoine immobilier, qui sert de gage pour leurs crédits.
Deuxièmement, l'État et la FED ont lutté contre la crise en ayant recours à une production monétaire historiquement inédite. L' État américain s'autofinance en actionnant la « planche à billets ». La question posée est bien de savoir quelle est la valeur réelle de ces masses financières et du dollar comme monnaie internationale. Tout dépend du degré de confiance des agents économiques américains et mondiaux et du statut géopolitique du pays, actuel et à venir.
Troisièmement, les États-Unis sont aujourd'hui encore plus dépendants de l'extérieur pour le financement de leur déficit en particulier des grands pays émergents, en premier lieu la Chine et des pays du Golfe. Disposant de réserves de 3045 milliards de dollars Pékin réfléchit aussi à renforcer ses différents fonds souverains afin de multiplier dans les années qui viennent, ses investissements directs à l'étranger (mines, industrie, négoce). La nouvelle multipolarité du monde constitue aujourd'hui un cadre bien plus contraignant pour la politique budgétaire et fiscale des États-Unis.
Dans ce contexte général, les États-Unis sont confrontés à une difficile sortie de crise. Dans son discours sur l'Etat de l'Union de janvier 2011, le Président souhaitait « réarmer l'Amérique » en infrastructures, en éducation et en innovation, tout en assurant un minimum de filet de protection sociale aux plus démunis. Ces enjeux cruciaux seront à n'en pas douter au coeur de la future campagne présidentielle de novembre 2012.
Diplomatie, Géopolitique des États-Unis, La fin de l'empire américain? Juin-Juillet 2011
Etats-Unis: la crise de la dette, quels enjeux géopolitiques? Analyse par Laurent Carroué

51 Commentaires
Les Agences de Notation n'oseront pas toucher à la note des Etats-Unis en raison des conséquences mondiales et internationales.
Sur les marchés boursiers, la liquidation coûte que coûte semble être devenue le mot d'ordre. A la mi-séance, Wall Street perdait plus de 3%. En Europe, Francfort terminait en chute de 3,40%, Londres en baisse de 3,20%. Paris affichait une chute de 3,90% à la clôture. Et la baisse aurait certainement été encore plus forte si le système de cotation Euronext n'était tombé en panne, pour la quatrième fois en moins d'un mois, comme par hasard à chaque fois qu'une forte baisse est à l'œuvre.
Cette nouvelle crise obligataire de la zone euro est en train de se transmettre aux banques. Relevant les arcanes compliqués de la finance mondialisée, un rapport des banques centrales avait souligné il y a un mois que «le risque sur les dettes souveraines affectait le financement des banques, compte tenu du rôle central des dettes d'Etats dans le système financier». Nous y sommes aujourd'hui. De nombreuses banques voient leur bilan déséquilibré par l'effondrement des dettes publiques. Et elles ont de plus de plus de mal à faire accepter en garantie les titres de leur pays auprès d'établissements tiers.
Comme au moment de la chute de Lehman Brothers en 2008, le marché interbancaire est en train de se geler. Les banques américaines veulent de moins en moins prêter aux banques européennes. Les banques espagnoles et italiennes ou celles considérées comme risquées ont de plus en plus de mal à trouver de contreparties. Et celles qui ont des réserves s'empressent d'aller les déposer auprès de la Banque centrale européenne (BCE). Même si la rémunération est nulle, elles préfèrent ce placement sans risque.
La semaine prochaine s'annonce tres mal. On va dire entre -4 et -6% a la cloture des marches lundi et ensuite c'est la panique.
La on a une confirmation que cette crise est voulu et comme deja ecrit dans un autre poste " En plus d'etre devenus les chefs d'orchestres des marches, ces agences de notations ont une influence insidieuse d'une ampleur sans precedents. Vous pouvez vous imaginer la pression qui n'est autre que du chantage sur tous les pays a faible PIB.. Exemple, vous les Nigeriens, si vous ne faites pas les reformes proposees par le FMI, on vous abaisse votre note. Ces agences sont le bras arme "economique” du FMI. Elle remplace des John Perkins..."
Que fait-on maintenant? Nous sommes plusieurs a voir la situation en face et des solutions nous en avons quelques unes.
Je comprends votre impatience, mais même si cette situation est grave et si nous sommes dans l'attente d'une prise de position officielle de R. S., n'oubliez pas que nous sommes aussi quelque part dans une période estivale et que nos responsables comme Monsieur de VILLEPIN ont bien le droit, après une période particulièrement intense et avant une rentrée "décisive", à quelques jours de repos (sans tél, sans internet et pourquoi pas aussi sans R.S. sauf extrême urgence)
Nul doute que les réponses à vos questions, réflexions, seront très vite apportées
Bonne soirée
Je vous invite à prendre connaissance du dernier billet de Dominique de Villepin publié sur son blog: " L'acte III de la crise" dans lequel il expose son analyse de la situation actuelle et apporte des éléments de réponse.
Bien à vous,
Jean Manuel
@ pepereronchon, vous dites "...nous avons besoin d'une vision de RS sur le sujet, nous n'allons pas encore donner un seing blanc pour 5 ans!!!".
.Je suis d'accord avec vous. Une vision. En attendant, on a déjà des éléments de réponse. Donc, on ne va pas se plaindre.
Je viens de relire le Projet RS pour 2012 (version avril 2011) ainsi que « La brochure du projet 2012 » (version 19 juin 2011) publié sur le site RS ( http://republiquesolidaire.fr/wp-content/themes/republique-solidaire/pdf/BROCHURE-REPUBLIQUE-SOLIDAIRE.pdf ). Peut-être pas de façon très détaillée, mais pas en diagonal non plus.
Je n'ai pas trouvé grande chose sur le sujet. Normal, répondrez-vous. Les dates sont antérieures à l'acte II de la crise grec et à l'acte III de la crise américaine (c'est-à-dire mondialiste)
Mais justement, il est question d'une vision. Et une vision qui se respecte, ne chipote pas sur les dates. Elle voit loin, loin dans l'avenir, dans l'avenir de chacun de nous, dans l'avenir des peuples, dans l'avenir de la planète.
Que faire alors, demanderez-vous ? Ma réponse est - revenons-nous aux fondamentaux, tant que c'est n'est pas encore trop tard. Calmons-nous. Réfléchissons. Laissons les chefs se reposer et réfléchir aussi. Ne les précipitons pas aux éléments des réponses tandis qu'on est en droit de leur demander leur vision. La notre aussi.
en situation d'urgence, il faut réagir en urgence, avec l'acte III nous avons des éléments et l'avis de notre leader, mais il fallait une réponse.
bien d'accord sur la dette des USA et la perpective d'une monnaie de réserve internationale via les DTS à la place du dollard US, voir article Réseau Voltaire à ce sujet:
http://www.voltairenet.org/DSK-bientot-libre
-emprunt national certes, mais pourquoi pas la reprise par le politique de la création monétaire abandonnée depuis la loi Pompidou-Giscard de 1973 aux banques privées sous prétexte que l'Etat était trop dépensier?? d'ailleurs il semblerait que de manière subreptice la BCE retrouve ce chemin...
-l'euro monnaie unique est une hérésie qui va se payer cash; il faut créer un nouvel ordre monétaire mondial avec une monnaie de réserve-référence mondiale qui ne peut plus être le dollard US, articulé autour de monnaies régionales telle que l'euro, et nationales; cela se fera, mais dans la douleur suite à l'effondrement du système qui est inéluctable...il nous faudra alors de Grands Hommes pour réorganiser le monde et je pense que DDV peut en être!
Reader: La situation d'urgence est pour tous. La nouvelle Zealande ramassera moins que les autres.
http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/08/09/les-pillages-et-les-violences-s-etendent-en-grande-bretagne_1557512_3214.html#ens_id=1557163
Quant au Livre d'histoire, il n'est pas commencé en 1929 et ne s'est pas terminé en 1945.
http://www.solidariteetprogres.org/Appel-transatlantique-pour-une-solution-d-urgence-a-l-effondrement-global_07986
http://www.solidariteetprogres.org/Le-glaive-de-la-justice-italienne-tombe-sur-les-agences-de-notations_07994
M. de Villepin,
Un krash?
Depuis 2 ou 3 mois, sans etre un economiste, j’ai prevenu que si nous avions de 2 a 4% de baisses journalieres sur les marches financiers des le 2 aout (donc lundi), la situation s’annoncerais assez mal. Cette semaine les repercutions vont non seulement jusqu’en Asie mais meme en Australie, pays qui ne fut pas trop impacte en 2008.
Pour la semaine qui vient?
La semaine prochaine s’annonce tres mal. On va dire entre -4 et -6% a la cloture des marches lundi et ensuite c’est la panique.
“La Chine a estimé vendredi que les accords sur la dette aux Etats-Unis et en Europe ne seraient pas suffisants pour sauver leurs économies respectives et que des “mesures concrètes” devaient être prises pour rééquilibrer l’économie mondiale. “Le seul moyen que les Américains ont trouvé pour améliorer la croissance économique a été de contracter de nouveaux prêts pour financer les anciens”, a déclaré l’agence officielle Chine nouvelle.
Disons une cloture des marches lundi a -4, -6%, et ensuite la panique. De -10 a -20% de plus sur la semaine prochaine. Soyons realiste, les politiques n’ont plus de solutions miracles.
Nous ne pouvons malheureusement plus, mondialisation “oblige”, raisonner en tant que nation. Une mondialisation qui fonctionne demande enormement plus de maturite a notre espece. Nous en avons pourtant les outils pour l’acquerir. Nos obstacles? Une minorite qui nous pousse vers le bas, economiquement, intellectuellement et moralement.
Si nous avions des politiques qui defendent le peuple au lieu de baisser leurs frocs devant l’oligarchie financiere, oui. Reprendre le control de la BCE et de nos banques, abroger la la loi Pompidou, Lisbonne.. Que chaque pays ou alliance puisse frapper a nouveau sa monnaie sous le seul controle du gouvernement en place. Le soucis est qu’un pays seul ne peut rien faire.
Il faudrait creer une alliance forte entre Europe, Afrique, Moyen Orient et Amerique Latine. En gros, faire face a la finance avec les memes solutions, tous en meme temps. Ce n’est qu’une idee. Aussi, pourquoi pas, au lieu de mettre de l’argent en banque, investir directement chez les agriculteurs, eleveurs, producteurs de ressources.
L’argent, le pouvoir et la notorite rend con et dangereux. Nous, ici, venant de tous bords, sommes pacifistes avec un minimum de tolerance. Une chose est sur. nous nous battrons contre cette poignee de tares.
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