Tribune Dominique de Villepin, "Syrie: la France peut et doit agir" (Le Figaro, le 11 août 2012)
Dans les ruines d'Alep, la communauté internationale à failli à sa tâche. La démission de Kofi Annan prend acte de la crise de légitimité sans précédent des Nations Unies. Une époque née de la chute du Mur trouve ici son dénouement tragique. D'un côté une Amérique et un Occident qui supportent d'autant moins le scandale de l'impuissance qu'il n'y a plus d'adversaire à blâmer, et qui interviennent tous azimuts mêlant souci de l'humanité et intérêts stratégiques, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, en Libye. De l'autre côté des puissances soucieuses de stabilité, comme la Russie ou la Chine, qui font du droit international un rempart d'immobilisme et dont les troupes ne sortent jamais de leur pré carré supposé.
Nous sommes face à un dilemme.
Si la communauté internationale n'intervient pas en Syrie, l'immobilisme aura triomphé et le monde du XXIe siècle sera celui des nouvelles barbaries, sagement abritées par des frontières complaisantes.
Si nous intervenons militairement en Syrie, c'est le risque de la porte ouverte à toutes les croisades de l'empire du bien. Quand irons-nous, la fleur au fusil, dans l'est du Congo où la guerre se rallume sans cesse, après trois millions de morts probables en une décennie tragique? Quand en Corée du Nord, en Iran?
Dans les deux cas, on nourrit l'engrenage explosif de la région et de ses acteurs les plus irresponsables, régimes radicaux, mouvements islamistes ou monarchies conservatrices.
En appelant à l'action rapide en Syrie, Nicolas Sarkozy refuse toute fatalité. Disons-le, la polémique, une fois n'est pas coutume, peut être fertile : elle permet d'abord de rappeler l'urgence du dossier syrien et ensuite de révéler les lignes de fracture françaises sur les questions internationales. Deux visions s'affrontent.
La première vision, c'est celle d'un message républicain de liberté et d'humanité qui ne peut s'arrêter à nos frontières, même s'il faut le soutenir par la force des armes. Une même filiation unit les enfants de 1789 aux plus sincères parmi les neoconservateurs. Nicolas Sarkozy reprend aujourd'hui ce flambeau, au nom de ce qu'il a voulu en Libye il y a un an. Il est légitime qu'il s'y tienne, quitte à négliger les différences de terrain, d'environnement et de risque militaire des deux situations. Pourtant on ne fait pas une politique en enchaînant émotions et coups de force. Si la situation est si inextricable à l'Onu, c'est aussi parce que l'opération libyenne a fragilisé la responsabilité de protéger, désormais pour certains synonyme de changement de régime.
La deuxième vision, c'est - semble-t-il du moins- celle qui s'esquisse ces jours-ci à l'Elysée et au Quai d'Orsay, celle d'un réalisme soucieux non seulement de l'action immédiate mais aussi des conséquences, au nom de la complexité de l'héritage historique de la France dans la région depuis le mandat colonial, au nom aussi d'une modestie affichée pour une "puissance moyenne". Mais attendre et expliquer qu'on ne peut rien faire n'est pas une politique.
Ce débat doit avoir lieu. Mais le choix, ce ne peut-être la guerre ou rien. La France peut et doit agir, même si l'option militaire est trop dangereuse. L'union de l'esprit d'initiative et du souci d'équilibre est le fil d'Ariane de la diplomatie française des grandes heures, et notamment du gaullisme. Nous avons su porter des principes dans l'affaire syrienne. Soyons aussi au rendez-vous de l'action, guidés par le souci permanent de sauver des vies humaines.
Priorité à l'humanitaire et à la poursuite des crimes, car c'est la souffrance des victimes qui mobilise les consciences du monde entier. Il faut pour cela déployer des moyens humanitaires, notamment médicaux, comme la France s'apprête à le faire en Jordanie, mais également envisager des corridors humanitaires pour évacuer les dizaines de milliers de civils hors de l'enfer de la guerre. Poursuivre les coupables en même temps. Le droit international ne sera crédible que quand il saura châtier non seulement les dirigeants, mais tous ceux qui le méritent à chaque niveau de décision et qu'il aura les moyens d'agir, notamment sur les avoirs dans les paradis fiscaux. Il n'y a pas de droit sans possibilité de recourir à la contrainte. Mobilisons également les outils dans le domaine militaire et du renseignement. Si une zone d'exclusion aérienne sur la Syrie paraît difficilement praticable, peut être peut on envisager de créer des couloirs aériens protégés. De surcroît rien n'interdit à la Ligue Arabe de prendre toutes ses responsabilités sur le terrain.
Mais il faut aussi préparer l'avenir de la Syrie et de la région, face notamment à un enjeu iranien qui est dans tous les esprits, face également aux risques qu'une partition du pays ferait courir à la stabilité régionale. Quelle serait l'action d'un petit Etat alaouite surarmé et fanatisé? Nul ne le sait, mais il est évident que la menace pour Israël en serait encore accrue. Pour relever le défi, nous n'avons pas le droit de renoncer à la diplomatie parce qu'elle aurait déçu. Elle reste la seule réponse qui dure dans un monde imparfait. Renouons les fils et saisissons toutes les opportunités avec tous les acteurs internationaux et régionaux et de ce point de vue, après Kofi Annan, le travail de médiation demeure indispensable.
Hors des alternatives stériles, s'ouvre le chemin du devoir et de l'action.
Ancien Premier ministre
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23 Commentaires
Etre humain, c'est aussi, au départ, comprendre le monde à partir de soi, et plus tard à partir de sa famille, de son camp, de son pays, etc Ce qui peut faire de sérieux cas de conscience.
La situation de la Syrie est dramatique, et ceux qui ont à prendre des décisions ont une bien lourde responsabilité.
Je serais tentée de dire : cela me dépasse. Mais non ,DdV le rappelle, si polémique il y a, assumons. Ne pas passer à côté.
La question de la légitimité des nations unies est aussi une grande question.
Est ce cette complexité historique qui pousse la France à placer et encourager
la création de royaumes dans certains pays africains au dépit de la population, le Gabon avec le fils Bongo, le Togo avec le fils Eyadema. On ne peut pas défaire et faire des dictateurs au gré du vent. Nous sommes le pays de la démocratie et du droit des hommes mais seulement en théorie; un pays jadis envié. Aujourd'hui notre grande France se meurt à petits feu!!!!
A cette occasion,il est bon d'être informé -en temps voulu- des interventions de celui qui demeure notre Champion.
Aujourd'hui ami et demain ennemi? Certains présidents deviennent dictateurs quand les intérêts géopolitiques et économiques de ceux qui nous utilisent sont enjeux; et comme des moutons nous suivons.
On ferme les yeux sur la Corée du nord depuis des années; la Birmanie aujourd'hui et même certes grande Chine. Et puis pourquoi toujours pensée que la démocratie telle que conçue par nous européen qui nous disons démocratiquement évolué est la meilleur? que savez-vous de la culture de ces peuples?
J'ai envie de dire merde à toutes vos analyses et très déçue par l'intervention de DDV de ce matin.
Ceux la même qui critiquaient sarko pour son esprit va t en guerre à propos de la Libye se pâme devant l'ignorance feinte de DDV sur l'inanité d'une illusoire intervention militaire française en Syrie.comme je l'ai déjà dit il y a 2 mois, la Russie et la Chine tiennent le morceau et elles ne le lacheront que si les pays occidentaux leur offrent quelque chose en échange; Et ce quelque chose sera un gouvernement à leur botte.
L'escale de la marine russe en Syrie en est la pruve. a c'est montrer les dents.
Quand à notre modèle de démocratie, tellement usé, revisons le avant de vouloir l'exporter.
Mais peut être est il facile pour ceux qui ne seraient pas mobilisable (vieillards, femmes, diplomates, politiciens) de parler d'opérations militaires, quittent ensuite à pleurer de chaudes larmes sur l'inutilité des morts en territoires étrangers;
pauvre France.
Relisez ce que dit DDV sur le sujet , il parle d'une diplomatie forte , pas molle avec seulement aprés , si nécessaire , employer des forces de dissuasion autres .
Enfin si la France était pareillement entre les mains d'un dictateur s'en prenant aux civils , aux femmes , aux enfants , faisant même appel à des miliciens étrangers comme c'est le cas en Syrie , croyez-vous qu'alors elle n'aurait pas - comme par le passé - besoin de l'aide des Etats puissants ou pas mais tous unis pour la délivrer ?
C'est cette hécatombe de morts d'innocents qui est inadmissible .
Comment vivre tranquillement quand à quelques heures de chez nous , ces pauvres gens qui ne demandaient qu'à vivre même chichement meurent dans d'effroyables conditions ? Comment rester indifférents face à des barbaries commises contre son propre peuple par un dictateur : " que de sang , que de meurtres , mon dieu comment l'arrêter ? " . Voilà avec DDV ce qui devrait nous motiver et nous réunir tous dans une même indignation .
Ceci étant posé, considérons quel rôle la France pourrait bien jouer dans une guerre en Syrie.
Là, j'avoue sècher....et j'ai beau chercher, rien ni personne ne vient apporter de réponse à la question : mais qu'irions nous faire dans cette galère.
Ce qui semble un échec est en fait une réussite car c'est dans le silence que soulève cette question que se trouve l'indice essentiel qui permet de trouver la réponse : cette guerre n'est pas la nôtre et je ne vois pas les intérêts qu'y trouveraient les grandes démocraties régionales que sont le Qatar ou l'Arabie Saoudite. Alors peut-être pour la Turquie ? Tiens ?! et pourquoi donc ? Et depuis quand ? Et pourquoi pas le Burkina Faso ?
Et sinon qui ?
Je cherche je cherche...
Si vous trouvez, n'hésitez pas à nous le faire savoir, mais de grâce, n'allez pas nous dire qu'on irait tuer des gens pour leur apprendre à être libre, à vivre démocratiquement ou je ne sais quelle théorie de dominos à la noix, non.
La vérité , sans doute, est ailleurs, mais chûûût ...
Dans ce cas précis, la France a t-elle un rôle à se définir dans ce conflit ?
Il n'a pas l'aura , pas la voix pour porter haut et fort la position ferme de la France et intimider les combattants des deux camps en Syrie . Il lui manque " quelques dents " pour mordre " quand c'est nécessaire et diplomatiquement s'entend .
En un mot LF semble bien effacé pour ce poste qui requiert moult qualités de communication qui semblent lui faire défaut ... Mais ce n'est peut-être qu'apparence , qui sait ? Toujours se méfier des apparences ... en tout cas sur ce lourd et épineux dossier on ne l'entend pas assez pour être assuré qu'il y a quelqu'un au gouvernail de cette diplomatie ferme et avant-gardiste dont parlait si justement Dominique de Villepin .
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