Affligeante image que
nous donne l’UMP aujourd’hui !
Qu’un parti qui a perdu
successivement les élections présidentielle et législatives soit
en désarroi, certes, rien que de normal.
Mais les querelles de
chefs à l’ambition démesurée, qui ne pensent qu’à ce qui se
passera dans cinq ans, les luttes de factions, incapables de
donner un sens à leurs positions (droite modérée,
extrême-droite ?), les petits jeux de pouvoir concernant les
postes à attribuer aux uns ou aux autres ou la constitution de
groupes parlementaires, la démagogie qui s’infiltre même dans les
élections internes (on parle de pains au chocolat parce qu’on
estime que les militants sont très à droite), la prééminence de
la communication sur le débat de fond, rien de ceci ne peut
caractériser un parti de gouvernement sous la cinquième
République.
Il est possible que le
parti se scinde en deux. Mais qu’est-ce que cela changera ?
Nous aurons deux écuries présidentielles au lieu d’une. Les
slogans électoralistes seront multipliés par deux. La
« une » de Paris-Match et des autres magazines sera
consacrée alternativement à l’un ou l’autre des prétendants à la
magistrature suprême. Mais pour le militant sincère, qui croit en
les vertus de la République gaullienne, et non à celles du
fascisme, et encore moins à celles de la politique-spectacle, le
déni de la réalité sera tellement patent qu’il risque fort de se
détourner définitivement de la politique.
Existe-t-il des
solutions alternatives ? Nombreux sont ceux qui chantent les
louanges du « Centre », incarné d’après eux par
l’UDI.
Mais le
« Centre » n’a jamais connu d’existence politique
durable, à commencer par une incarnation partisane, depuis des
siècles. La seule et éphémère manifestation d’un centre a été
illustrée à l’Assemblée législative de 1791, où, entre les
monarchistes constitutionnels défenseurs de la royauté (les
Feuillants) et les Jacobins partisans de la révolution, existait
un groupe modéré, plutôt à gauche. On ne les appelait pas
« le Centre », mais « le Marais ». C’est tout
dire.
Tout au long des XIX° et XX° siècles, face aux forces
autoproclamées progressistes (socialisme, marxisme), il y avait
trois droites : légitimiste (monarchiste), bonapartiste et
orléaniste.
Dans l’histoire récente, le gaullisme a récupéré l’héritage
bonapartiste, l’orléanisme a été représenté par la droite
libérale et pro-européenne (la démocratie-chrétienne, qui a aussi
gouverné l’Italie pendant des décennies et qui reste un parti
dominant en Allemagne, et à qui, en France, a succédé l’UDF
giscardienne), tandis que les légitimistes se réfugiaient dans
l’extrême-droite.
Après les querelles, souvent exacerbées, qui ont opposé
gaullistes et giscardistes-UDF, l’immense mérite de la création
de l’UMP, voulue par Jacques Chirac et Dominique de
Villepin, était de
réconcilier les différents blocs de la droite de gouvernement.
Las ! Après de
beaux succès initiaux, avec le ralliement d’une majorité d’élus
et de cadres de l’UDF à l’UMP, qui donnaient raison à cette
ambition de rassemblement, ce parti a irrémédiablement évolué
vers une mécanique partisane uniquement vouée au succès
électoral. Le phénomène a pris d’inquiétantes proportions avec la
mainmise de Nicolas Sarkozy sur l’appareil, ce que les élections
de 2012 ont parfaitement confirmé (à part le parti communiste de
l’URSS ou celui de Corée du Nord, il n’y a pas d’exemple d’élus
exclus du parti parce qu’ils n’adhérent pas à 100% aux géniales
idées du leader et de son entourage).
Il faut donc tout
reprendre à zéro.
L’UDI a des qualités.
Mais, de grâce, qu’on ne nous parle pas de « Centre »,
alors qu’il s’agit des fils spirituels de Robert Schuman, de Jean
Lecanuet et de Valéry Giscard d’Estaing, auxquels il convient
d’ajouter l’héritage des radicaux dits valoisiens !
Il s’agit d’une droite
modérée et libérale, qui a une vocation légitime à s’opposer à la
politique socialiste, mais qui ne peut en rien s’identifier dans
un rejet simultané de la droite et de la gauche. La preuve en est
que François Bayrou, qui en avait fait son slogan de campagne, a
échoué par trois fois à en convaincre l’électorat.
L’UDI étant ainsi
catégorisé, qu’en est-il du gaullisme ?
L’urgence d’un retour
aux sources d’inspiration de la cinquième République est
manifeste. De Gaulle a profondément réformé et modernisé notre
vie politique en mettant fin au régime des partis et à ses
combinaisons. Seul l’intérêt général doit motiver la conduite des
dirigeants et, partant, celle des organisations politiques qui
les soutiennent. L’ambition personnelle, le sectarisme, le
clanisme, l’idéologie et la démagogie électorale n’ont pas leur
place dans cet ordonnancement.
Chacun comprendra que
ces lignes directrices sont celles que Dominique de Villepin a
brillamment tracées dans son projet politique en vue de
l’élection de 2012.
Il est, de fait, le
seul aujourd’hui à pouvoir reprendre cet héritage et le faire
fructifier. Tout, dans ses idées, dans son action politique et au
gouvernement, concourt à démontrer qu’il est irréductiblement
fidèle à cet idéal
Son projet, de plus,
est un écho à l’action du général : Rassembler, certes, même
très à gauche, avec des idées généreuses, mais avec un socle
mêlant la droite moderne sur les questions économiques ou
européennes et l’héritage républicain plongeant ses racines dans
l’histoire. Et une conception du rôle de l’État, qui doit être le
garant de l’ordre, de la justice, de la liberté individuelle et,
à l’extérieur, qui doit assurer l’indépendance et le respect de
la France par les peuples du monde, tout en œuvrant pour la paix
internationale et le droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes.
C’est pourquoi, si
l’UMP venait à disparaître, et même sans attendre son acte de
décès, il semble indispensable que Dominique de Villepin fasse
appel à tous ceux qui, dans l’ancienne majorité et au-delà aussi,
se reconnaissent dans ces valeurs et ces principes et souhaitent
le retour à la dignité, à la grandeur, au respect et au
fonctionnement équilibré des institutions dans notre vie
politique.
Certains objecteront
que ceci reviendrait à recréer l’ancien RPR. Et alors ? Quel
mal y a-t-il à vouloir pérenniser un mouvement politique qui a
trouvé ses sources dans le XIX° siècle et que le général de
Gaulle avait puissamment magnifié ? D’autant que, dans la
conception gaulliste, l’activité d’un parti politique, surtout
s’il se concentre sur le débat d’idées, s’insère parfaitement
dans le jeu démocratique, dès lors que ni l’intolérance, ni
l’obstruction systématique, ne sont pratiquées.
Un puissant parti
gaulliste rénové (« République solidaire », bien sûr),
pourra tendre la main aux autres partis de droite modérée (l’UDI,
par exemple), pour construire, si nécessaire, et dans le respect
mutuel, des programmes solides de gouvernement.
Seulement, il ne faut
pas attendre. L’Histoire s’écoule rapidement et les occasions ne
se représentent généralement pas. C’est aujourd’hui qu’il faut
agir.
À la lecture des
interventions sur ce site, il n’y a aucun doute qu’un grand
nombre de participants pensent, quand ils ne l’écrivent pas
explicitement, qu’il serait souhaitable que Dominique de Villepin
prenne une telle initiative. Les jours et semaines à venir nous
éclaireront sur la lucidité de cette opinion.